Chemin faisant

 

1994, texte inaugural du tableau "Assemblée"

 
1994, Chantal Dufour, Lycée Gustave Monod (95210)
1994, tableau Assemblée
1994, tableau Assemblée

Technique mixte sur toile 97x130cm. Tableau créé pour la salle des professeurs du lycée Gustave Monod, suite commande.

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1989, Sans titre, composition spontanée
1989, Sans titre, composition spontanée

Encre de chine, gouache, collages sur bristol, 21x30 cm

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1994, tableau Assemblée
1994, tableau Assemblée

Technique mixte sur toile 97x130cm. Tableau créé pour la salle des professeurs du lycée Gustave Monod, suite commande.

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ASSEMBLEE (discours pour l'inauguration du tableau "Assemblée")

 

La question qui m’a guidée dans la conception et la réalisation de cette toile est celle de la création et de la résolution d’une tension, voire d’une contradiction, entre des éléments statiques et des éléments dynamiques. Cette problématique tient en partie à l’évolution qui a été la mienne en peinture, mais je lui attache une portée plus générale.

 

Deux éléments contribuent à la mise en place d’un cadre statique. Va dans ce sens l’usage du blanc et du noir comme couleurs dominantes. Mais c’est d’abord le graphisme qui, comme mode principal de représentation, participe à une construction dont l’architecture se caractérise par sa solidité. Dans cette partie, je me suis inspirée d’un dessin sur papier à l’encre de Chine réalisé en 1989. Le style reprend celui de travaux anciens et le thème des oiseaux a toujours été l’un de mes favoris. Mais n’y a t-il pas contradiction dans l’usage du graphisme en ce qu’il serait une négation de la spécificité de la peinture ? C’est l’interrogation à laquelle j’ai voulu apporter une réponse.

 

Aux éléments statiques, et dans le même espace du tableau, j’ai voulu opposer et intégrer d’autres éléments constitutifs du mouvement. Mon intention était de transformer un travail éminemment plastique en un tableau dynamique, devant lequel on puisse éprouver une sensation de vie ou de libération. C’est pourquoi, avant de tracer le premier trait au pinceau noir et de disposer les grandes masses, un travail préliminaire a été de créer un fond incorporant la matière. Les inégalités de relief, même recouvertes de blanc, accrochent l’œil qui ne se déplace plus sur une surface homogène.

 

Le graphisme aussi apporte sa part à l’expression du mouvement par sa ligne sinueuse, son rythme, l’impression de cohue, la variété des physionomies des personnages, leurs expressions, la diversité des tailles et des attitudes. Ici est évoquée avec une pointe d’humour la nature d’une assemblée : réunion où s’expriment des opinions diverses, parfois contradictoires. A nouveau le thème de la contradiction, qui est central pour la communauté et pour chacun de nous au plus profond.

 

Un autre élément qui participe à la mise en dynamique est l’usage de couleurs : usage limité, mais travaillé et multiple. Un cadre blanc a été choisi pour suggérer que l’espace n’est pas enserré dans les limites de la toile et s’ouvre sur un extérieur.

 

Enfin, le tableau donne l’impression de spontanéité. Impression factice, mais qui tient à une exécution relativement rapide à partir du moment où le projet s’est trouvé complètement élaboré dans mon esprit.

 

Cette combinaison construite, cet entrecroisement de thèmes s’inscrivent dans l’héritage traditionnel de la peinture. L’exécution s’en veut résolument contemporaine, parce qu’une oeuvre réalisée de nos jours participe aux interrogations qui sont celles de notre époque, dans les termes qui sont actuels. Il ne s’agit pas de délivrer un message, mais d’interroger et de tenir en éveil. En ce sens, la peinture possède en commun avec l’enseignement d’être une activité inquiète, c’est-à-dire orientée vers l’interrogation du présent et l’ouverture au futur. Elle y participe avec le langage qui lui est propre, qui allie universalité et modernité.

Chantal Dufour

15/12/1994